La pénibilité ne fait pas partie de la réforme des retraites


A l’heure où l’actualité fait ses choux-gras de la réforme des retraites, il est assez navrant de voir les politiciens et les médias débattre à l’envie de la question de la pénibilité.

Celle-ci doit-elle être un élément à retenir pour fixer l’âge de départ en retraite ?

 La pauvreté des arguments échangés montre que, soit les débatteurs ne possèdent pas leur sujet, soit manquent de courage, notamment à droite.

 En effet, il faut rappeler que la pénibilité est déjà prise en charge par les systèmes d’indemnisation au titre de l’invalidité. Une personne qui serait usée par sa vie professionnelle, voire d’autres circonstances (accident, séquelles de maladie physique ou psychique) peut en effet espérer être indemnisée en attendant de pouvoir demander à bénéficier de sa pension de retraite, lorsqu’elle atteint l’âge légal.

 Certains pourront dire « dès lors qu’on l’indemnise au titre de l’invalidité, pourquoi ne pas la mettre directement en retraite ? » Et bien tout simplement parce que le système d’invalidité corrige a posteriori une situation d’invalidité avérée, alors que la pénibilité incluse au système de retraite en fait un a priori, qui bénéficierait à tout le monde, même ceux que la vie professionnelle n’a pas usé.

 Prenons l’exemple d’un ouvrier qui empilerait des parpaings : selon qu’il sera bâti comme David Douillet ou Kate Moss, la pénibilité sera avéré pour l’un et pas pour l’autre. On ne pourra donc pas relier la pénibilité au métier lui-même mais à la personne.

 Or intégrer cette dimension individuelle amènerait l’employeur à ne plus embaucher des personnes considérées comme potentiellement fragiles, ce qui constituerait une nouvelle source de discrimination sur l’aspect physique.

 Par ailleurs, cet ouvrier ne va sans doute pas empiler des parpaings toute sa vie. Il changera de métier, voire d’employeur. Comment intégrer les années ouvrant droit à « l’avantage pénibilité » en cas de carrière évolutive ou discontinue ?

 Et enfin, l’effort physique doit-il seul ouvrir cet « avantage pénibilité » : si on se tourne vers les salariés de FRANCE-TELECOM, sans doute qu’un grand nombre d’entre eux qualifieraient leur travail de pénible, puisque poussant au suicide.

 S’il y a un moyen pragmatique de prendre en considération la pénibilité, c’est donc toujours a posteriori et pour des cas avérés. Ceci pourrait par contre ouvrir la réflexion d’un rapprochement avec les systèmes d’indemnisation des Accidents du Travail, où les entreprises supportent des cotisations plus ou moins fortes en fonction des mesures de prévention qu’elles prennent pour éviter ces mêmes accidents.

 Sans doute faut-il en effet réfléchir à des conditions financières qui incitent les entreprises à mettre en œuvre des mesures qui réduisent ou suppriment la pénibilité, car c’est là que doit être l’objectif futur, d’autant plus qu’en parallèle on veut garder les seniors dans les postes de travail.

La pénibilité doit alors être financée par une cotisation uniquement « patronale, et suffisamment dissuasive pour inciter les entreprises à faciliter les conditions de travail, alors qu’intégrée à la réforme des retraites, la charge de la pénibilité serait répartie, du fait de la cotisation salariale, sur tous les salariés.

 Et la réforme des retraites vise à construire le système applicable pour le futur : y intégrer les conditions du passé serait alors une erreur.

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